De la nécessité d’intégrer les besoins des personnes à mobilité réduite

La Table de concertation des aînés de l’île de Montréal (TCAÎM) se joint à l’Alliance pour un nouveau partage de la rue Ste-Catherine puisqu’elle croit fermement que les aînés, dans une optique d’accessibilité universelle, doivent participer à la recherche de solutions dans les réaménagements urbains. En effet, les villes nord-américaines n’ont pas été conçues pour rendre la vie facile à une population vieillissante, sujette à développer des limitations fonctionnelles avec l’avancée en âge.

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Les passants marchent en dehors du corridor piéton à l’intersection de la rue Place Phillips (Source : M-J Dupuis)

La portion Ouest de la rue Ste-Catherine qui sera réaménagée dans les prochaines années traverse le quartier Ville-Marie. Celui-ci compte 15% de personnes âgées de 65 ans et plus, ce qui est la moyenne pour l’ensemble de la Ville de Montréal[1]. Toutefois, lorsque l’on inclut les personnes âgées de 55 ans et plus, on grimpe à 25% de la population ce qui est le reflet de la tendance démographique des années à venir. En effet, en 2031, c’est le quart de la population québécoise qui sera âgée de 65 ans ou plus.

Contrairement à d’autres villes américaines, le centre-ville de Montréal est habité et mixte et la bonne desserte en transport en commun des quartiers centraux fait transiter de nombreux piétons dans ses rues, reflétant son potentiel pour devenir une ville piétonne et cycliste d’envergure[3]. Toutefois, la prédominance de la voiture sur le réseau viaire, mine la sécurité et la convivialité des transports actifs, spécialement pour les aînés. En effet, ceux-ci  sont surreprésentés dans les collisions entre automobilistes et piétons : le 2/3 des blessés graves ou blessés mortellement sont des personnes âgées de 65 ans et plus[4]. Il est donc plus que nécessaire d’améliorer le bilan de sécurité routière montréalais en repartageant la rue de manière à ce que la marche et le vélo soient plus présents et en implantant des mesures facilitant la cohabitation entre les divers modes. À Montréal, si les aînés préfèrent la voiture pour effectuer leur déplacement surtout lorsqu’ils développent des incapacités, la moitié d’entre eux ne possèdent pas de permis de conduire. Pour cheminer vers une mobilité durable des aînés, il devient donc également essentiel de multiplier les efforts pour adapter l’offre de service de transports collectifs et les infrastructures dédiées aux transports actifs afin qu’ils constituent des alternatives viables à l’utilisation de l’automobile[5].

Du point de vue de la TCAÎM, la première phase de réaménagement de la rue Ste-Catherine, soit entre les rues de Bleury et Mansfield, devra

  • Parfaire l’expérience de marche en élargissant les trottoirs et en aménageant une zone tampon permettant le verdissement et l’aménagement de bancs-relais;
  • Améliorer les aménagements aux intersections afin de permettre une traversée de la rue confortable et sécuritaire;
  • Rendre le square Philips accessible et convivial pour tous

1. Parfaire l’expérience de marche en élargissant les trottoirs et en aménageant une zone tampon permettant le verdissement et l’aménagement de bancs-relais;

 1.1 Élargissement des trottoirs

Sur la rue Ste-Catherine, que ce soit en semaine sur l’heure du dîner, à la sortie des bureaux ou la fin de semaine par une belle journée ensoleillée, les trottoirs fourmillent de travailleurs, de touristes, d’étudiants, de consommateurs. N’importe quel marcheur qui s’y promène pendant ces périodes se sentira vite à l’étroit, certains contournent les hordes de passants en marchant dans la rue en s’exposant à des risques accrus de collision. Pour ces raisons, plusieurs personnes à mobilité réduite évitent de fréquenter la rue Ste-Catherine de peur d’être bousculées ou d’être considérées comme un obstacle par les piétons pressés.  La capacité d’accueil  des trottoirs doit être revue afin de permettre des croisements entre piétons qui soient sûrs et confortables. Par exemple, retirer le stationnement sur rue d’un seul des deux côtés permettrait à la Ville d’élargir les deux trottoirs d’au moins 1,5 mètre.

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Les trottoirs bondés à l’intersection de la rue Ste-Catherine et Mansfield peuvent être insécurisants pour les personnes à mobilité réduite. (Source : Google)

1.2 Aménagement d’une zone tampon entre les corridors de circulation automobile et piétons permettant le verdissement et l’installation de bancs-relais

Dans le but de réunir les conditions favorables pour permettre aux aînés de poursuivre l’accomplissement de leurs activités quotidiennes, un des éléments facilitant les déplacements à pied est la présence de bancs-relais  tous les 100 mètres sur les parcours de marche. Tel que son nom l’indique, le banc-relais permet au piéton de faire une pause avant de redémarrer et il est essentiel pour le maintien de l’autonomie d’une personne[6]. Actuellement, entre les rues de Bleury et Mansfield sur la rue Ste-Catherine, soit sur une distance de 700 mètres, on ne recense aucun banc-relais.

L’emplacement à privilégier pour l’ajout de bancs est dans le corridor de mobilier urbain déjà présent,  c’est-à-dire en bordure de la voie de circulation.  Les bancs qui seront dos à la voie de circulation doivent  être suffisamment éloignés de la chaussée pour offrir un sentiment de sécurité aux piétons[7]. De plus, un espace libre adjacent aux bancs devra être planifié afin de permettre aux personnes en chaise roulante ou avec poussette de s’y installer. 

 Sur les trottoirs actuels, on ne retrouve que d’infimes parcelles de verdure soit des jardinières suspendues à quelques lampadaires ou des arbres cloisonnés qui, malheureusement, à plusieurs endroits ont été coupés et créent des cavités sur la chaussée. L’élargissement des trottoirs permettraient de bénéficier de plus d’espaces pour des aménagements paysagers de meilleure qualité.

2. Améliorer les aménagements aux intersections afin de permettre une traversée de la rue confortable et sécuritaire

Au printemps 2013, la Ville de Montréal a tenu une commission sur la traversée de la rue afin de cheminer vers une amélioration de son bilan routier puisque le nombre de victimes de collisions demeure très alarmant (1 189 cas en 2013)[8]. Les accidents surviennent le plus fréquemment aux intersections comportant au moins une artère (66% des collisions)[9]. Chez les aînés, plus le type de route est complexe, plus il devient difficile d’évaluer si le temps pour traverser est suffisant.

Dans le but de réduire le nombre de collisions entre automobiles et piétons sur la rue Ste-Catherine, le repartage du réseau viaire doit impérativement accorder moins de place à la circulation automobile (road diet). Cela aura certainement une incidence à la baisse sur le nombre de collisions, et sera d’autant plus significatif si des aménagements supplémentaires sont implantés aux intersections.

Selon la Direction de la santé publique, 79% des intersections majeures et 91% des intersections locales permettent explicitement le stationnement à, au minimum, un coin de l’intersection.[10] Bien que le Code de la route stipule que l’espace situé à cinq (5) mètres d’une intersection doit être dégagé, la majorité des intersections montréalaises permettent le stationnement de véhicules. Le fait que ce règlement ne soit pas respecté ajoute une contrainte de visibilité tant pour les piétons que pour les automobilistes et les autres usagers de la route. Le vieillissement s’accompagne souvent de déclins perceptifs comme la baisse de l’acuité visuelle et auditive, mais également de déclins cognitifs comme l’attention. En ce sens, un coin de rue bien dégagé diminue le nombre d’obstacles présents dans le champ visuel. Il y a donc moins d’informations à analyser pour prendre la décision de traverser.

Les feux piétons à décompte numérique aident également à traverser la rue et la majorité des intersections sur la rue Ste-Catherine (entre de Bleury et Mansfield) en sont dotés, mais ils sont réglés en fonction d’une cadence de marche de 1,1 mètre par seconde. Une étude récente effectuée auprès de 3000 personnes âgées de 65 ans et plus indique que la vitesse moyenne de marche chez les hommes aînés est de 0.9 m/seconde tandis que celle des femmes aînées est de 0.8m/seconde[11]. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux aînés ou personnes à mobilité réduite fassent état de leur difficulté à traverser aux intersections dans les temps alloués. Si ce type de feux piétons peut aider à prendre la décision de traverser la rue chez les aînés, la TCAÎM croit que les temps dédiés devraient être révisés à la hausse pour accommoder un pan plus large de la population.  De plus, ces feux piétons ne doivent pas être obstrués par des éléments environnants.

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Feu piéton obstrué par la marquise du magasin La Baie, au coin de la rue Union

Très peu d’intersections sont dépourvues de feux piétons sur le segment de la rue Ste-Catherine comprise entre de Bleury et Mansfield. Toutefois, lorsqu’aucun feu n’est présent, il est très important de baliser le cheminement piéton par un aménagement tel un marquage au sol et/ou des saillies de trottoirs. La série d’images suivantes illustre bien la difficulté des piétons à s’imposer en l’absence de feux et de marquages au sol.

 

L’absence de feu de circulation, de feu piéton ainsi que de traverse piétonne rend difficile la traversée pour les piétons à l’intersection de la rue City Councillor (Source : M-J Dupuis)


3. Rendre le Square Philips accessible et convivial pour tous

Pour qu’une place publique soit attrayante, ses entrées doivent être clairement définies et faciles d’accès. Actuellement, le Square est problématique puisque l’on retrouve uniquement des traverses piétonnes aux coins des rues Ste-Catherine/Place Phillips et Ste-Catherine/Union. L’accès depuis la rue Cathcart est tout simplement dangereux avec l’absence de traverses piétonnes et une circulation à sens unique sans arrêt stop sur Union.

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L’absence de traverse piétonne et le stationnement permis dans les 5 mètres de l’intersection sont tous des obstacles à l’accessibilité du Square Phillips (Source : Google)

Le square Philips nécessite une intervention de revitalisation afin de renforcer sa vocation de place publique animée dans laquelle il est possible de s’arrêter de façon prolongée. Actuellement, la majorité des places assises sont informelles et ne permettent que de brefs arrêts. On peut voir sur la photo ci-dessous que les visiteurs s’assoient sur les murets. Nous avons mentionné, un peu plus tôt, qu’aucun banc municipal n’était présent sur la rue Ste-Catherine, entre de Bleury et Mansfield et malheureusement, les espaces disponibles pour s’assoir au square sont inadéquats pour les personnes aînées ou à mobilité réduite. La TCAÎM recommande que le futur square Philips soit doté de places assises accessibles aux personnes ayant des limitations fonctionnelles. Le verdissement devra également être au cœur des préoccupations des professionnels afin de contrer l’effet d’îlot de chaleur qui est particulièrement nuisible chez les aînés, et qui permettrait de créer des zones ombragées dans les aires de repos.

Les quelques éléments d’aménagements qui ont été nommés précédemment doivent être intégrés dans la nouvelle planification de la rue Ste-Catherine Ouest afin de maximiser le confort et la sécurité des déplacements à pied pour tous. L’aménagement actuel, hérité d’une époque où les déplacements motorisés étaient au premier plan, est dépassé pour des raisons économiques, environnementales et de santé publique. Montréal, à l’instar des grandes villes occidentales doit réviser ces principes d’urbanisme selon une logique orientée autour des transports actifs.

 En créant un forum de consultation en ligne, la Ville de Montréal démontre une ouverture certaine pour intégrer, en amont dans la planification, les recommandations des citoyens. De plus, certains organismes ont également été consultés. C’est le cas de la TCAÎM qui a pris part en juillet dernier à une marche exploratoire avec l’équipe en charge d’intégrer l’accessibilité universelle au projet. Dans ce contexte de discussion, l’Alliance pour un nouveau partage de la rue Sainte-Catherine est tout à fait pertinente puisqu’elle réunit des organismes de la société civile qui contribuent activement au dialogue de la ville du 21e siècle. La TCAÎM est confiante que la Ville de Montréal saura être à l’écoute de l’Alliance et veillera à intégrer les principes qu’elle avance. Selon nous, ces principes sont garants de la réussite du réaménagement de la rue Ste-Catherine Ouest qui, nous le souhaitons, deviendra un modèle inspirant de revitalisation urbaine.

MarieJosée Dupuis
Chargée de projet Transport et mobilité | MADA
 
Table de concertation des aînés de l’île de Montréal – TCAÎM

[1] Ville de Montréal. 2014. Arrondissement de Ville-Marie. Profil sociodémographique.

[2] INSPQ. 2010. Vieillissement de la population, état fonctionnel des personnes âgées et besoins futurs en soins de longue durée au Québec.

[3] Ville de Montréal. (2011a). Cadre de révision des hauteurs et densités du centre-ville.

[4] SPVM, Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). 2011. «La sécurité des piétons : un enjeu et une priorité», Présentation du lieutenant Louise Bonneau dans le cadre des mercredis de l’AMT, Division de la sécurité routière et de la circulation, 27 avril 2011. Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). 2012. Bilan 2011 : accidents, parc automobile et permis de conduire. Direction des études et des stratégies en sécurité routière.

[5] TCAÎM. 2009. Les moyens de transport et la mobilité des aînés Montréalais : intervenir face au vieillissement de la population

[6] Mobilité pour tous. 2008. Un espace public pour tous : Guide pour une planification cohérente. Fiche 8-Bancs publics.

[7] Idem

[8] SPVM, 2014. Campagne 100 % vigilant : Le SPVM intensifie ses efforts pour améliorer la sécurité des piétons

[9] Ville de Montréal. 2008. Plan de transport.

[10] Direction de la Santé Publique (DSP) (2013), Sécurité des piétons en milieu urbain : enquête

sur les aménagements routiers aux intersections, Agence de la Santé et des Services Sociaux de

Montréal.

[11] Asher, L., Aresu, M., Falaschetti, E., Mindell, J. (2012). «Most older pedestrians are unable to

cross the road in time: a cross-sectional study», Oxford Journals, Age and Ageing, Volume 41,

Issue 5, pp. 690-694.

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